Le déconfinement aura vu son lot de rebondissement et la guerre des mots n’a pas fini. Le dernier faux pas en date est la décision de l’HCSP (Haut Conseil de la Santé Publique) de suspendre l’usage de l’hydroxychloroquine sur une étude viciée.  Dans un document rendu public, le HCSP  a rendu une recommandation, le 24 mai 2020 à la demande du ministre de la Santé par le biais d’un courrier envoyé le 23 mai 2020 à 13h59, sur l’usage de l’hydroxychloroquine.

Dans son communiqué, le HCSP recommande : dans l’attente des données issues d’études cliniques prospectives comparatives randomisées sur le Covid-19 en cours :

Que le traitement symptomatique de support dit « Standard of Care » (SOC), adapté à l’état du patient, soit considéré comme le traitement de référence du Covid-19. De ne pas utiliser l’hydroxychloroquine, isolément ou en association à un macrolide pour le traitement du Covid-19 chez les patients, ambulatoires ou hospitalisés quel que soit le niveau de gravité. De réévaluer le rapport bénéfice/risque de ce médicament dans les essais en cours et à venir. De renforcer la régulation nationale et de promouvoir une régulation internationale, à la lumière des nouvelles données, des essais évaluant l’hydroxychloroquine seule ou en association pour le traitement des patients atteints de Covid-19 en fonction de la pertinence de la question posée.

Le HCSP rappelle que ces recommandations ont été élaborées dans l’état actuel des connaissances et des ressources disponibles et qu’elles seront susceptibles d’évolutions, notamment lorsque les résultats des essais randomisés en cours seront disponibles

Avis rédigé par un groupe d’experts, membres ou non du Haut Conseil de la santé publique. Validé le 24 mai 2020 par le président du Haut Conseil de la santé publique

La liste des personnes consultées lors de cette investigation du HCSP est longue et inclue  un grand nombre d’experts médicaux et spécialistes: Claudine BERR, Inserm, Agathe BILLETTE DE VILLEMEUR, HCSP, Denis MALVY, CHU Bordeaux, Jean-Daniel LELIEVRE, CHU Mondor, immunologie, Xavier LESCURE, APHP, Bichat, Matthieu REVEST, SPILF, Louis Rachid SALMI, ISPED, CHU Bordeaux, Jean-François TIMSIT, APHP, Bichat, Yazdan YAZDANPANAH, APHP, Bichat, En plus bien sur des membres du HSCP.

Parmi les nombreuses pièces prises en considération et non négligeables figure la fameuse étude Mehra publiée le 22 mai 2020 et depuis retirée.  Dans ce rapport l’étude Mehra est étalée sur plus d’un paragraphe très détaillé et conclue :

La cohorte comparative observationnelle multinationale de Mehra et al. [7] a analysé les 98262 enregistrements établis à partir de systèmes d’information hospitaliers sur six continents afin de comparer la mortalité intra-hospitalière et la survenue d’arythmies ventriculaires selon le traitement par chloroquine ou hydroxy-chloroquine, associées ou non à un macrolide. Le rapport détaille après le type de patients puis viennent des détails cliniques.

Les auteurs concluent que ces résultats ne permettent pas de confirmer un bénéfice de l’hydroxychloroquine ou de la chloroquine et cette étude observationnelle comparative portant sur des grands nombres de patients homogènes par rapport au début des symptômes, traités pour Covid-19 confirmé et correctement menée, n’a montré aucun bénéfice, mais suggère une surmortalité intra-hospitalière dans les quatre groupes de traitements et un sur-risque important d’arythmies ventriculaires.

Aucune interview du Professeur Mehra. Aucune tentative de contact avec lui. Une étude aux conséquences lourdes puisqu’elle poussa aussi l’Organisation Mondiale de la Santé à suspendre temporairement les essais avec l’hydroxychloroquine.

Le 22 mai 2020, The Lancet avait publié la fameuse étude Mehra. Ce même jour à 23h30, Xavier Azalbert de FranceSoir faisait une interview du docteur MehraPas si compliqué de parler à Mr Mehra, cela aura pris moins de 3 minutes et deux emails pour fixer une heure.

Le 23 mai l’interview de Mr Mehra était publiée sur le site de FranceSoir qui est disponible gratuitement en ligne.  Le 24 mai au soir dans une interview sur CNEWS, Mr Philippe Douste-Blazy mentionnait cette interview qui était reprise dans plusieurs publications à l’étranger.

Il est fort probable que le HCSP ne soit pas un lecteur assidu de FranceSoir, c’est compréhensible, ce n’est pas une publication de référence comme The Lancet. Cependant les Français auront du mal à comprendre, quand c’est si facile de parler à Mehra, pourquoi aucun des 19 membres du conseil et 9 autres auditionnés n’a considéré l’appeler pour comprendre et vérifier ?

La langue anglaise est d’usage courant dans le monde médical donc elle ne pourra pas être invoquée comme une barrière. De plus vous êtes médecins, experts avec des années de pratique. En tant que praticien médical, vous avez chacun fait des milliers de consultations où vous écoutez vos patients, puis les oscultez pour analyser et valider leurs dires, avant de prescrire des analyses complémentaires. Ce qui vous mène à établir un diagnostic et prescrire. Comment se fait-il que dans votre diagnostic pour le HSCP vous n’ayez pas fait appel à cette pratique standard décrite par un médecin de terrain ?

Ce groupe d’experts aurait-il été collectivement aveuglés par le fait que cette étude émanait de The Lancet ?  Une publication qu’ils respectent au point d’en croire sur parole ce qui est écrit dedans, et d’en tirer des conséquences pour la Nation. Mesdames, messieurs les experts, un peu de bon sens, la confiance n’exclut pas le contrôle.

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