TEMOIGNAGE : 8 semaines effectivement que je suis malade du Covid. J’ai probablement été contaminé lors d’un rassemblement sportif en Espagne ou sur mon lieu de travail. Tous les gens autour de moi ont la même réaction : une incrédulité, un questionnement systématique, une forme de refus d’y croire, quelque chose qui relève du déni. “Mais tu es encore malade ?!? C’est quand même bizarre, non ?”

C’est leur propre insécurité qu’ils projettent ainsi sur moi. Ils ont envie, ils ont besoin de croire que mon cas rentre dans une des cases connues ou, plutôt, collectivement définies et inconsciemment validées, pour cette maladie. Cela les rassurerait que ce soit une de ces catégories identifiées et compréhensibles. Ainsi, soit on serait asymptomatique (ou faiblement symptomatique), soit on serait plus sévèrement touché avec un genre de grippe qui durerait 10 à 15 jours; soit, malheureusement, la maladie serait plus grave, avec hospitalisation pour détresse respiratoire (et un pronostic compliqué puisque, on le sait désormais, 30 à 40% des malades, intubés et en réanimation, décèdent). La communication du gouvernement renforce cette croyance avec ces messages : “Restez chez vous et, au bout de quelques jours, les symptômes disparaitront”. Sauf que cela n’est pas forcément le cas. Cela n’est pas toujours vrai.

Le recul sur le Covid montre qu’il y a beaucoup plus de types de cas que les 3 cités plus haut.  La maladie est présente et peut durer plus longtemps (deux mois, deux mois et demi…), les symptômes sont bien plus nombreux qu’initialement annoncés (fièvre, état fébrile, toux) : dorénavant, on sait que le Covid peut avoir des effets dermatologiques, digestifs, neurologiques, voire cognitifs dans certains cas plus rares.

Le mien s’est articulé en 3 phases symptomatiques fortes, de 8 à 12 jours. Au milieu, des périodes de rémission, mais toujours caractérisées par une grande fatigue et des retours sporadiques de crises symptomatiques. Il y a eu ces nuits où les sueurs froides m’ont obligé de changer de vêtement et de literie plusieurs fois. Celles, où je me suis fait réveiller par une poussée fébrile, accompagnée d’une crise d’angoisse irrationnelle, irraisonnée et très compliquée à gérer quand on est seul. Et les jours, tous ces jours, où la fatigue était telle que le moindre effort de la vie courante était épuisant et vous condamnait à rester à allonger.

Ayant été “malade de ville” (non hospitalisé) avec mes premiers symptômes le 5 mars, je n’ai pas pu être testé avec un test PCR, ceux-ci étant réservés aux malades hospitalisés et au personnel soignant. Mon diagnostic a enfin pu être posé plusieurs semaines après par un scanner thoracique, qui a mis en évidence des lésions pulmonaires typiques du Covid. Il y a encore une semaine, le test sérologique m’a été refusé par mon laboratoire de ville : “désolé, monsieur, il est réservé au personnel médical”.

8 semaines, c’est très long quand on est malade. C’est compliqué à gérer. Entre les attentes de l’employeur “ah bon, ton arrêt a encore été renouvelé ?”, les inquiétudes des proches “mais, enfin, ça ne va toujours pas mieux ?”, le scepticisme des autres “non, ce n’est pas possible, il n’y a pas de rechutes du Covid”, il faut dépenser autant d’énergie à combattre la maladie qu’à gérer les inquiétudes de ceux qui vous entourent.

Heureusement, j’ai été très bien entouré, surtout ceux qui m’ont ravitaillé quand je ne pouvais pas sortir acheter de quoi manger.

Puis, il y a eu tout ce temps libre. Ou qui donnait l’impression de l’être. Temps consacré à la lecture (quand j’étais assez en forme pour arriver à me concentrer) ou, à rattraper le retard sur les séries TV.

Au bout de près de deux mois et bien que j’éprouve encore (et par intermittence) quelques symptômes, je sens que je commence à aller mieux. Il me tarde de pouvoir reprendre le travail, de me remettre au sport, de pouvoir retrouver une vie normale (qui, même confiné, apparait comme quelque chose de très enviable). Il me tarde de pouvoir dire : C’est derrière moi, tout ça. Pour de bon. 

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