Mots clefs : azithromycine, C3G, coronavirus, covid-19, hydroxychloroquine, macrolide, médecine de ville, médecin généraliste, revue de presse/web, santé publique, traitements.

Un titre attire le regard. « Didier Raoult : « Toute cette histoire va finir comme le sang contaminé » »

Arpentons la toile pour tenter d’avoir un petit historique de la situation…

Un élément central du débat semble être la prise en charge précoce des patients Covid-19.

Depuis le mois de mars 2020 une bithérapie est proposée par Didier Raoult. Elle implique l’azithromycine (antibiotique macrolide) et l’hydroxychloroquine. Pendant ce temps-là le confinement est lancé. Cette période s’accompagne de recommandations aux médecins de ville. Le traitement du Covid-19 est un traitement symptomatique.

Aux alentours du 23 mars 2020, arrivent des recommandations thérapeutiques du haut conseil de la santé publique. Il est énoncé : « Que tout praticien soit fortement incité à inclure tous les patients atteints de Covid-19 dans les essais cliniques. ». La seule prise en charge symptomatique en médecine de ville ne risquerait-elle pas, de fait, d’orienter les flux de patient présentant des pneumopathies atypiques vers l’hôpital ?

Le 19 mars 2020, un collectif de plusieurs (centaines de ?) médecins semble avoir saisi la cour de Justice de la République.

L’hydroxychloroquine devient interdite par décret en médecine de ville (hors AMM) le 26 mars 2020. Les lettres ouvertes, déclarations et pétitions sur la liberté de prescrire se multiplient. Des médecins se rassemblent et créent des collectifs, par exemple le collectif « Laissons les médecins prescrire ». Le débat est vif.

Fin mars également on trouve trace de pistes de traitements évitant l’hydroxychloroquine controversée. Un médecin généraliste communique une option thérapeutique à base d’antibiotiques de la famille des macrolides, voire une bithérapie associant un antibiotique de la famille des macrolides à un second antibiotique de type C3G. Les premières communications de son expérience (en direction d’associations et de sociétés savantes médicales semble-t-il) dateraient du 26 mars 2020. Les adresses web des pages consultées semblent correspondre à l’AGREE (Association Gérontologique de Recherche et d’Enseignement en Ehpad) et à la SFGG (Société Française de Gériatrie et Gérontologie, sfgg.org). Mais la disponibilité des rapports en ligne cesse. Concernant ce traitement, les indicateurs médicaux seraient là : des délais d’amélioration des symptômes en 3 jours voire moins, peu ou pas d’hospitalisation et pas de décès sur plusieurs dizaines de patients.

Une autre piste sans l’hydroxychloroquine. Celle de trois généralistes (certains originaires de Moselle) qui ont réfléchi ensemble via les réseaux sociaux et mutualisé leurs expériences. Ils proposent un traitement à base d’azithromycine, associée à du zinc, un anti-inflammatoire pulmonaire et de l’héparine. Ils souhaitaient sortir du dilemme consistant à dire aux patients : « prenez du Doliprane et faites le 15 si ça va très mal ». Ici encore les indicateurs médicaux semblent bons. L’article de l’Est Républicain date du 11 avril 2020.

Quelques jours plus tard, le jeudi 23 avril 2020 le conseil national de l’ordre des médecins publie un communiqué de presse. On apprend : « L’Ordre des médecins a mis en garde jeudi « une vingtaine » de médecins libéraux qui testent sur leurs patients un cocktail de traitements contre le Covid-19 dont l’efficacité n’est pas prouvée, les invitant à ne pas « susciter de faux espoirs de guérison » ».

La réponse de Didier Raoult ne tarde pas : « Je ne suis évidemment pas concerné par les menaces de l’@ordre_medecins (conseil de l’ordre des médecins). Je m’inscris dans le cadre du décret du 25/03. Les doses d’HCQ (hydroxychloroquine) prescrites à l’IHU sont des doses habituelles, administrées sous surveillance. L’AZ (azithromycine) est le traitement de référence des infections respiratoires. ».

En revanche, très rapidement on lit également : « Des médecins mosellans sommés de se taire » et « Ils pourraient faire l’objet de procédures disciplinaires à l’issue de la crise sanitaire. ». Ils auraient pris un avocat.

Le citoyen profane peut s’interroger…

L’azithromycine est « le traitement de référence des infections respiratoires. ».

Les anti-inflammatoires et l’héparine semblent correspondre au traitement de symptômes du Covid-19 : inflammation et thrombose.

On avait déjà bien compris que leur traitement n’était pas un protocole « miracle » et que les hospitalisations ne pouvaient vraisemblablement pas toutes être évitées.

Il semblerait donc que la communication par voie de presse ne soit pas une bonne idée. Si la discrétion semble de mise pour le médecin, la question ne serait-elle pas : pourquoi autant de médecins se tournent vers les médias et le web pour faire passer leur message ? Pourquoi ces cris du cœur ?

Dans un domaine bien différent. On repense à l’affaire Monica Lewinsky. Une procédure de destitution avait alors été lancée contre Bill Clinton pour avoir menti sous serment. Il avait menti certes. Mais il avait menti à des questions sur sa vie privée. Devaient-elles alors lui être posées ?

Au café du coin on pourrait entendre : « en gros, les médecins ont dit à un journaliste qu’ils prescrivaient un traitement de référence associé à un traitement des symptômes ». Mais le bistrot est fermé.

Sur le plan prophylactique. Le 27 mars un dermatologue parle à la presse d’un autre antibiotique, la doxycycline. Il déclare : « J’ai remarqué que les sujets acnéiques, sous Granudoxy, échappaient aux viroses saisonnières. » […] il s’offusque : « Pourquoi attendre une étude à quatre bras européenne à huit jours du pic, alors que le coût […] du Granudoxy 100 est de 5,76 € la boîte de 28 comprimés ? Ce médicament pourrait être facilement essayé comme une prophylaxie, par exemple pour tous les soignants en première ligne qui sont particulièrement exposés. ». Il confie avoir écrit à l’ARS (Agence régionale de santé) Nouvelle-Aquitaine et avoir reçu un courrier d’accusé réception le 23 mars 2020.

Le 14 avril 2020, on entend de nouveau parler de l’azithromycine dans une étude lancée à l’AP-HP. Le médecin investigateur coordonnateur de cette étude explique[38] : « […] pour l’azithromycine, l’équipe du Pr Pierre-Régis Burgel à Cochin a remarqué que le taux d’infection Covid-19 était faible au sein d’une grande cohorte de patients atteints de mucoviscidose, alors que beaucoup sont sous azithromycine. Il s’agit d’un constat observationnel, mais cela nous a semblé intéressant. ».

Parallèlement, il semblerait que l’hydroxychloroquine aurait un effet préventif. Selon la société italienne de rhumatologie, sur 65000 italiens sous hydroxychloroquine (en tant que traitement de fond), seulement 20 auraient été testés positivement au Covid-19. La presse italienne en parle le 28 avril 2020.

En pleine période d’urgence épidémique, nous pourrions nous dire que les recommandations faites aux praticiens de ville auraient certainement dû évoluer pour se tenir à jour de toutes ces communications. On a guetté, on guette… Anne ma sœur Anne…

Le confinement de l’indigent n’en finit plus de finir. Les frontières sont fermées, alors on visite le monde sur la toile…

Fin mars, l’Italie assouplit la prescription d’hydroxychloroquine en médecine ambulatoire afin d’initier une prise en charge précoce du Covid-19. L’espoir est de diminuer le flux de patients hospitalisés. Alors que la France décrète, l’Italie libère. En bien ?

Le 17 avril 2020. Le docteur Moussa Seydi semble avoir du succès au Sénégal avec l’hydroxychloroquine : « “Nous constatons une guérison plus rapide” ». Il ajoute : « “Ici au Sénégal et plus généralement sur le continent africain, tout le monde a bouffé de la chloroquine” »…

Le 18 avril 2020 : « la Grèce résiste au Covid-19 ». On apprend : « « Dans un premier temps, la chloroquine a été prescrite, puis l’hydroxychloroquine accompagnée d’un antibiotique, l’azithromycine. Nous avons appliqué ce protocole à partir de la littérature scientifique sur ce sujet. Si le patient est suivi, les risques sont faibles ». La Grèce, qui avait abandonné la production de médicaments à base de chloroquine pour lutter contre le paludisme, en produit à nouveau depuis la fin mars. ». Aujourd’hui : page not found.

Le 27 avril 2020 : « le traitement du Covid-19 par l’hydroxychloroquine combinée à l’azithromycine, défendu depuis le début de la pandémie par le Pr Didier Raoult, montre une efficacité « quasi totale » en Algérie ».

Le 1er mai 2020 : « Le protocole thérapeutique à base de chloroquine et d’azithromycine utilisé contre le Covid-19 « a donné des résultats positifs » au Maroc ».

On le sait, chaque pays est différent. Billet de retour pour la France.

En France le compteur des jours s’égrène…

Le 30 avril 2020, le collectif « Laissons les médecins prescrire » publient leur propre étude. Il s’agit d’une « étude rétrospective chez 88 sujets avec 3 approches thérapeutiques différentes (traitement symptomatique / azithromycine / azithromycine + hydroxychloroquine) » présentée comme un « Rapport d’expérience de médecins de terrain ». Aux grands maux les grands remèdes…

Concernant cette étude le « critère principal d’évaluation était la durée de résolution des symptômes : […] 17,1 jours en moyenne dans l’ensemble de la population de l’étude, 25,8 dans le groupe bénéficiant d’une prise en charge exclusivement symptomatique, 12,9 dans le groupe azithromycine seule (AZM) et 9,2 dans le groupe hydroxychloroquine (HCQ) + AZM. Si les durées de résolution des symptômes étaient significativement plus basses dans les bras AZM seule et HCQ+AZM que dans le groupe traitement symptomatique, il n’y avait en revanche pas de différence significative entre le bras monothérapie et celui bi thérapie. ».

Une pensée pour ces médecins de ville proposant les macrolides/C3G depuis des semaines…

Beaucoup de personnes infectées par le Covid-19 restent asymptomatiques. Une grande partie de ceux qui vont présenter un tableau clinique guérissent sans traitement curatif. On se souvient avoir lu : « dans 80% des cas, les gens sont guéris. Oui, mais il faut voir dans quel état. Nous, on constate qu’il faut administrer notre protocole le plus tôt possible. Trois jours après, ils vont mieux, c’est spectaculaire. ».

Le 28 avril 2020, s’appuyant sur ce rapport à venir, une députée médecin LREM vote contre le plan national de déconfinement. « Elle demande que ce plan soit « complété » par une stratégie thérapeutique basée sur » la bithérapie défendue par le collectif.

On se demande : combien de personnes traînent leur misère de Covid-19 des jours et des jours ? Combien d’arrêts maladie qui s’étalent sur des semaines ? Combien de soignants hospitaliers tombent malades et ne peuvent plus soigner ? Combien de complications voire de décès qu’on aurait pu éviter ?

Le 30 avril 2020, une interview de Didier Raoult est diffusée. La question des séquelles potentielles à long terme liées aux fibroses pulmonaires est évoquée.

Dans cette interview, il est également question du modèle économique et technologique des médicaments (en Europe de l’ouest et aux États-Unis essentiellement). Ce modèle est décrit comme fondé sur le gain d’argent grâce aux nouvelles molécules développées. Les études scientifiques associées sont également abordées. On est tenté de le mettre en perspective avec ce que l’on peut lire le même jour : « Covid : Plus de 130 thérapies à l’étude selon l’industrie pharmaceutique ». On trouve aussi : « Chloroquine : l’anti-viral qui paralyse la recherche médicale mondiale ». Cette molécule serait désormais toute puissante.

Sur le même thème on lit que l’essai clinique Discovery (lancé le 22 mars 2020) peine à…démarrer. Il semblerait qu’environ 740 patients aient été « recrutés » sur les 3200 programmés. Les raisons seraient budgétaires. « L’essai Discovery coûte environ 5000 euros par patient. Si la France a su dégager les quatre millions nécessaires à l’inclusion de ses 800 malades, ailleurs en Europe, les financements n’ont semblent-il pas été anticipés ». On se surprend à mettre ces chiffres en perspective avec le coût du traitement proposé par Didier Raoult : 13,58 euros. Yazdan Yazdanpanah semble impliqué dans le projet. Il est également depuis fin mars membre du conseil scientifique qui conseille l’état. On entend parler de conseillers du pouvoir et de conflits d’intérêts.

On repense alors aux problèmes de stocks en tout genre en France. Les masques tout d’abord. Mais aussi les blouses, les surblouses, le gel hydroalcoolique, les tests PCR, les respirateurs artificiels, les places disponibles en service de réanimation à l’hôpital, le paracétamol rationné, les médicaments nécessaires à la mise en réanimation…

Dans ce monde. Tout est toujours disponible quelque part. Cette potentialité virtuelle de possession est suffisante. Cela permet de ne pas avoir et de ne pas produire. On se surprend à se demander : et si les traitements à base de macrolides (et/ou C3G) ou la bithérapie de Didier Raoult n’étaient (entre autres ?) tout simplement pas recommandés parce que les stocks (et/ou la capacité de production et/ou la possibilité d’achat en flux tendu) n’étaient pas suffisants pour la population de la France ?

Quant à songer à la prophylaxie…

On se souvient alors : « Le ministère des Armées a reconnu ce vendredi 24 avril avoir acheté de la chloroquine en Chine pour constituer un stock “par précaution”, si jamais ce traitement, dont l’efficacité contre le coronavirus fait débat dans le monde, était finalement validé par les autorités sanitaires. ». « Finalement » sera-t-il synonyme d’une fois l’épidémie passée ?

Sur le moment, en repensant à l’interdiction de prescription hors AMM, on s’était presque surpris à imaginer une armée française pétrie de polyarthrite rhumatoïde, de lupus ou de paludisme… Fausse route ou mauvais esprit.

En attendant, le muguet a fleuri et le compteur des décès à l’hôpital, en maison de retraite et à domicile tourne. Au moins 25000 victimes. Le 29 mars 2020 l’épidémiologiste Catherine Hill estimait 64000 morts. L’ordre de grandeur se confirme.

C’est l’âme triste que la plume se ferme.

On re-feuillette le « Rapport d’expérience de médecins de terrain ».

C’est un rapport de médecins citoyens.

https://amp.agoravox.fr/tribune-libre/article/didier-raoult-collectif-laissons-223946?__twitter_impression=true