À partir de ce 27 avril, la vente de masques “grand public” est autorisée dans les pharmacies. À quelques jours du début du déconfinement, la presse étrangère souligne les limites de la stratégie française concernant cette protection, devenue incontournable.

“Il y a quelques semaines, les touristes asiatiques étaient les seuls à porter des masques dans les rues de Paris, suscitant chez les habitants du coin des réactions allant de l’étonnement à la méfiance, voire l’hostilité, alors que le coronavirus commençait à se propager en Europe”, décrit le New York Times. Or, à quelques jours du 11 mai, date annoncée par Emmanuel Macron comme celle du début du déconfinement, la “généralisation du port du masque de protection [au moins] sur le lieu de travail et dans les transports en commun s’annonce incontournable”, constate Le Temps.

“Un tabou est tombé, pas seulement en France mais dans les pays occidentaux en général, où les experts ont multiplié les interventions pour souligner l’efficacité du port du masque dans la lutte contre le coronavirus”, poursuit le New York Times. Dans l’Hexagone, le changement de discours n’a pourtant pas été évident. Il aura fallu attendre plusieurs semaines pour que l’exécutif fasse volte-face et n’écarte plus l’utilité des masques de protection. Il faut dire que le pays s’est retrouvé face à une “sévère pénurie” et ce, explique le journal new-yorkais, à la fois à cause de la “conviction que les Français seraient culturellement opposés à cette pratique”, mais aussi de la “certitude que le pays pourrait en importer rapidement si besoin”.

Un sujet explosif

Aujourd’hui, l’exécutif promet un stock hebdomadaire de 26 millions de masques grand public d’ici à la fin d’avril, et de 20 millions de masques pour les soignants d’ici à la fin de mai. Mais en parlant d’“un masque pour tous d’ici au 11 mai, le casse-tête n’a fait que se déplacer”, prévient Le Temps : “Comment équiper de masques 67 millions de Français, surtout si cet accessoire doit être changé plusieurs fois par jour ?” Le “sujet est [déjà] devenu explosif” :

Côté approvisionnement, l’État, les collectivités locales et les entreprises privées ont eu ces dernières semaines le plus grand mal à se coordonner. […] Côté public, l’incompréhension n’a cessé de s’amplifier, au fur et à mesure de l’augmentation de la production de masques artisanaux en [tissu].”

Finalement, juge un médecin parisien interrogé par le journal suisse, “le gouvernement français a alimenté une nouvelle hystérie”. Dans les officines, les pharmaciens, qui avaient interdiction de vendre des masques – réquisitionnés pour le personnel soignant –, sont désemparés. Eux qui ont parfois subi des menaces ces dernières semaines peuvent, dès ce lundi 27 avril, délivrer des masques “grand public”.

“Grand public”, mais “que veut dire cette expression désormais utilisée ?” s’interroge encore Le Temps. D’après les textes officiels, il s’agit “de masques non sanitaires fabriqués selon un processus industriel et répondant aux spécifications techniques applicables”. En aucun cas, il n’est donc question de distribuer des modèles de type FFP2 ou des masques chirurgicaux qui, eux, restent destinés au personnel soignant.

Un marché tendu

La BBC relate par ailleurs que la police a saisi pas moins de 140 000 masques sur le marché noir ce week-end des 25 et 26 avril – dont deux tiers étaient des masques FFP2. Avant même que le gouvernement ne décide de réquisitionner tous les stocks le mois dernier, indique le groupe audiovisuel britannique, “le prix des masques vendus en ligne et dans les commerces français a triplé”.

En somme, à l’approche du 11 mai, “le chaos s’installe” et “tend ce marché” du masque, déplore Le Temps.

Dans plusieurs villes comme Sceaux ou Nice, les municipalités ont déjà prononcé l’obligation du port du masque. Les édiles sont aussi nombreux à avoir annoncé la distribution de protections “grand public” aux habitants. C’est le cas à Paris notamment.

Loin de l’apaisement

La question des masques, et plus globalement celle de la santé, fait partie des six thèmes qui composeront la stratégie de déconfinement que doit présenter Édouard Philippe le mardi 28 avril devant l’Assemblée nationale, indique le Financial Times. “Ce plan sera soumis au vote du Parlement, avant d’être présenté aux responsables politiques locaux et aux partenaires sociaux”. Car un “autre impact de cette ‘guerre des masques’” est d’ordre socio-économique, rappelle Le Temps : “Invoquer l’absence de masques de protection peut être un argument pour exercer son droit de retrait et ne pas retourner au travail.”

En bref, conclut le titre suisse, “le ‘front’ français des masques est loin d’être apaisé”.

https://www.courrierinternational.com/article/vu-de-letranger-en-france-le-chaos-des-masques-sannonce