La France n’a pas opté officiellement pour une prise en charge précoce du SARS-CoV-2 en médecine ambulatoire. Pourtant depuis le mois de mars des médecins généralistes ont proposé des thérapies contre le Covid-19 à base d’azithromycine, de macrolides ou de tétracyclines (doxycycline par exemple). Ces antibiotiques sont bien connus et la littérature médicale donne matière pour étayer ces propositions empiriques et raisonnées. La question de la possibilité pour la France de prendre la voie de l’approche thérapeutique précoce en médecine de ville est abordée. Différentes tensions, en terme de disponibilité et de dispensation, dans le circuit du médicament semblent avoir été constatées. Des modes de communication par lesquels les médecins peuvent tenter de faire passer l’information sont rappelés. Des déclarations et des prises de positions d’avocats sont mentionnées. Enfin, l’action collective récente et novatrice « Le droit de soigner et d’être soigné » est présentée.

Officiellement l’épidémie du coronavirus SARS-CoV-2 est encore là.

Depuis le début de cette épidémie, il semble que les « medical guidelines » françaises aient peu évolué. Concernant la prise en charge du Covid-19[*] en médecine ambulatoire, les recommandations se limiteraient toujours à une prise en charge symptomatique. Ce que certains médecins résument en : « prenez du Doliprane et faites le 15 si ça va très mal ».

La piste de l’azithromycine et des macrolides.

L’azithromycine est un antibiotique macrolide. C’est un antibiotique découvert en 1980, il y a donc 40 ans. C’est un médicament de référence utilisé entre autres contre les infections respiratoires. Dans le tableau clinique du Covid-19, lorsque les symptômes deviennent plus avancés, on semble souvent constater une pneumopathie atypique.

C’est ainsi que des médecins généralistes auraient choisi et proposé un traitement curatif précoce du Covid-19 en médecine de ville, à base de macrolides (azithromycine par exemple) dès le mois de mars 2020. L’usage d’un macrolide pourrait même être complété par un second antibiotique de la famille des céphalosporines de troisième génération (C3G).

L’azithromycine est également l’antibiotique proposé, depuis la mi-mars, par Didier Raoult dans sa bithérapie, associé à l’hydroxychloroquine controversée. La piste macrolide (ou macrolide/C3G) qui semble être explorée par des médecins de ville n’implique pas l’hydroxychloroquine et met en œuvre des médicaments de référence.

Au-delà de ses propriétés antibiotiques, l’azithromycine aurait également une efficacité dans les infections pulmonaires virales (la publication du JAMA citée date de 2015). De plus, elle semble posséder in vitro une action contre certains virus (par exemple la publication de l’European Respiratory journal citée date de 2010).

Une complication fréquente du Covid-19 est une sur-réaction inflammatoire. L’azithromycine et les macrolides auraient également des propriétés immunomodulatrices et anti-inflammatoires (nombreuses publications antérieures à 2011).

On se souvient avoir lu : « De plus, pour l’azithromycine, l’équipe du Pr Pierre-Régis Burgel à Cochin a remarqué que le taux d’infection Covid-19 était faible au sein d’une grande cohorte de patients atteints de mucoviscidose, alors que beaucoup sont sous azithromycine. Il s’agit d’un constat observationnel, mais cela nous a semblé intéressant. ».

Pour les médecins de ville ayant fait le choix d’une approche curative des tableaux diagnostics covid basée sur l’azithromycine (ou les macrolides), les indicateurs médicaux seraient là : des délais d’amélioration des symptômes en 3 jours voire moins, peu ou très peu d’hospitalisation et très peu de décès sur plusieurs dizaines voire centaines de patients traités. Au-delà de l’action antibiotique, ils évoquent aussi l’action antivirale et anti-inflammatoire de ces médicaments.

La majeure partie de ces informations était disponible fin mars-début avril 2020.

La piste de la doxycycline et des tétracyclines.

La doxycycline est un antibiotique de la famille des tétracyclines. Elle est connue depuis les années 60.

Dès le mois de mars 2020 on trouve trace de médecins généralistes qui proposeraient cet antibiotique (ou les tétracyclines en général) dans une approche curative ambulatoire du Covid-19.

Ici encore, au-delà de l’activité antibiotique, cette classe de molécules (et en particulier la doxycycline) posséderait un potentiel antiviralanti-inflammatoire et serait pressentie dans le traitement du Covid-19.

Il semblerait que le médecin généraliste Sabine Paliard-Franco ait utilisé cette classe de médicaments, sur des tableaux cliniques covid présentant des contre-indications aux macrolides, avec succès également.

Une bithérapie doxycycline-hydroxychloroquine présenterait des résultats intéressants, selon une pré-publication récente.

Une bonne partie de ces informations était disponible mi-avril 2020.

Traitement précoce curatif en médecine de ville.

La majorité des cas de Covid-19 semble juste nécessiter un traitement symptomatique (paracétamol contre la fièvre par exemple). Toutefois, un généraliste ayant opté pour le traitement à base d’azithromycine aurait déclaré : « dans 80% des cas, les gens sont guéris. Oui, mais il faut voir dans quel état. Nous, on constate qu’il faut administrer notre protocole le plus tôt possible. Trois jours après, ils vont mieux, c’est spectaculaire. ».

D’autres informations sont disponibles depuis fin avril. Le collectif « Laissons les médecins prescrire » réalise sa propre étude. Concernant cette étude le « critère principal d’évaluation était la durée de résolution des symptômes : […] 25,8 [jours] dans le groupe bénéficiant d’une prise en charge exclusivement symptomatique, 12,9 dans le groupe azithromycine […]. ». D’une contribution proposée début mai, il ressortirait que l’azithromycine […] serait à prescrire dans la première phase de la maladie. Elle éviterait à ce stade « la majorité des hospitalisations et 90 % des décès ». Le traitement par l’azithromycine, sur une période de 10 à 14 jours, dès le début des premiers symptômes, diviserait « par 4 le nombre de patients nécessitant une hospitalisation ». Sur une chaîne vidéo, on entend parler de « récidive », de « réactivation du virus » pour des « patients […] laissés sous doliprane » et de contagiosité sur plusieurs semaines. Sur le moyen-long terme Didier Raoult évoque fin avril la question des séquelles potentielles liées aux fibroses pulmonaires. Début mai, il indique que 65% des personnes asymptomatiques présenteraient des lésions visibles au scanner. Aujourd’hui on entend parler de convalescences qui n’en finissent plus. Il faut remarquer que l’épidémie semble aujourd’hui en perte de vitesse et les entrées à l’hôpital pour covid décroissent. On peut toujours se demander si une action curative officieuse, en médecine de ville, ne serait pas responsable, d’une partie, de l’apaisement de l’épidémie constaté…

Dès la mi-mars, en terme de santé publique, on semble comprendre que la diminution de la charge virale est à mettre en perspective avec la contagiosité et donc la propagation de l’épidémie. On aurait pu alors envisager pour freiner la dynamique de l’épidémie du SARS-CoV-2, d’impliquer la médecine de ville en curatif.

Rappelons que, dès fin mars-début avril, les indicateurs médicaux concernant la résolution des symptômes, les hospitalisations et les décès étaient communiqués par les généralistes proposant les thérapies à base d’azithromycine. Il était déjà précisé qu’une « durée de traitement minimale de 10 à 14 jours semble indiquée pour éviter les rechutes de ces pneumopathies atypiques ».

Le circuit du médicament : des tensions de toutes sortes.

Et si on avait envisagé officiellement, et recommandé, aux médecins de ville une prise en charge curative du Covid-19 en ambulatoire ? Par exemple en proposant l’usage de l’azithromycine (ou des macrolides) en première intention ? Un regard sur le circuit du médicament semble s’imposer.

Début mai est publié sur le site de l’ANSM un rapport intitulé : « Usage des médicaments en ville durant l’épidémie de Covid-19 : point de situation après cinq semaines de confinement ». Au sujet de la délivrance d’azithromycine, on peut lire : « L’azithromycine, antibiotique de la famille des macrolides et proposé dans les pneumopathies Covid-19 avait augmenté par rapport à l’attendu de 70% en semaines 13 et 14 et concernaient environ 100 000 personnes supplémentaires. ». On peut toujours trouver étrange d’affirmer, dans un rapport paru sur le site de l’ANSM, que l’azithromycine est « proposé dans les pneumopathies Covid-19 », alors que les medical guidelines ne semblent aborder que le traitement symptomatique en médecine de ville…

Parallèlement à cette augmentation de la consommation d’azithromycine de 70% fin mars-début avril, on pouvait lire le 1er avril 2020 : « Azithromycine sous tension : des pharmacies contingentées ». Certaines pharmacies de l’Oise auraient été limitées à « cinq boîtes par jour ». « “D’après une étude de Pharmed Insight, réalisée entre le 6 et le 10 avril » 2020, on parle de rupture de stock en azithromycine pour 34 % des pharmaciens interrogés. Au passage on pourra remarquer l’anticipation (de bons sens ?) de la journaliste santé, qui écrivait le 24 avril 2020 : « L’Azithromycine, un traitement antibiotique utilisé pour soigner les personnes atteintes du coronavirus (même si cette indication n’est pas encore validée par les autorités sanitaires), commence à manquer dans les pharmacies. ».

Ces tensions (ou rupture de stock selon la sémantique retenue) correspondaient à une « simple » augmentation de 70 % de la demande et semblaient concerner environ 100000 personnes. Or, dans l’épidémie de coronavirus que la France connaît, il semblerait que 95 % des patients covid aient été gérés en médecine de ville. À la mi-avril on parlait d’environ 1 million de tableaux cliniques Covid-19 vus en médecine générale. Afin de limiter la contagiosité et donc la dynamique de l’épidémie, réduire le temps de convalescence, limiter les séquelles, les hospitalisations et les décès, la France avait-elle les moyens d’opter officiellement pour l’utilisation précoce, en médecine de ville, sur des durées conseillées de 10 à 14 jours, d’azithromycine dans la « guerre » contre le SARS-CoV-2 ?

Sur le sort de l’hôpital on pouvait lire également le 28 mars 2020, une déclaration du « Pr Bruno Riou, directeur médical de crise de l’AP-HP, lors d’un point presse téléphonique : “Il y a potentiellement une pénurie de médicaments de réanimation à venir”. Il s’agirait principalement des curares, des hypnotiques, des corticoïdes et des antibiotiques. ». La possibilité de placer les patients en réanimation semble avoir été un point crucial dans le confinement de l’indigent que la France a vécu. Or selon « un point de situation du ministère de l’intérieur du 25 mars que s’est procuré Mediapart, « les hôpitaux civils n’ont qu’une semaine d’approvisionnement, tandis que les hôpitaux militaires n’ont plus que 2,5 jours de stock, contre quinze jours en temps normal ». ». La France était-elle en mesure de pouvoir associer à l’hôpital, une prise en charge précoce curative de ce coronavirus en médecine ambulatoire ? Il fallait pouvoir soigner à l’hôpital. D’un autre côté, la médecine de ville aurait peut-être pu éviter des hospitalisations. Ce n’est pas la charrue avant les bœufs, mais plutôt le serpent qui se mord la queue. La France pouvait-elle être à la fois au four et au moulin ? Une guerre sans munitions ?

Sur ces sujets, on pouvait lire concernant l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) : « […] la consultation de sa base de données liée à des ruptures de stock ne semble pas montrer d’augmentation du phénomène. Pourtant, plusieurs experts, interrogés par France info, doutent de l’actualisation des données de l’organisme. “On sait par exemple qu’il y a des ruptures sur le Plaquenil, explique Yann Mazens, chez France Assos Santé, qui représente les usagers. Nous l’avons constaté sur le terrain. Or, quand vous le cherchez dans la base de l’ANSM, vous ne le trouvez pas”. Bruno Bonnemain, de l’Académie nationale de pharmacie, déplore que les sédatifs dont le personnel soignant commence à manquer dans les hôpitaux, ne figurent pas dans la liste des ruptures de stock. ». France info écrit fin mars : « Si les bases de données de l’ANSM manquent parfois de transparence et d’actualisation, c’est moins le cas de certaines de ses homologues européennes. Celles que nous avons consultées montrent toutes une augmentation assez nette des déclarations de pénuries depuis le début du mois de février. ».

Finalement la situation ne serait pas inhabituelle : « Officiellement tout va bien, comme l’expliquait le ministre de la Santé, Olivier Véran, devant le Sénat le 26 février 2020 : “Il n’y a aucun problème de pénurie de médicaments“. Le ministre aurait pu préciser : la situation n’est pas pire que d’habitude. Le marché des médicaments a connu une forte augmentation des pénuries ces dernières années. En France, le nombre de ruptures d’approvisionnement a été multiplié par 20 entre 2008 et 2018. ».

En terme de communication gouvernementale, samedi 28 mars 2020, « lors de leur conférence de presse, le Premier ministre Édouard Philippe et le ministre de la Santé, Olivier Véran, ont été interrogés sur la possibilité de pénurie sur certains médicaments. Ce à quoi ils ont répondu qu’il y avait effectivement des “risques”, mais ils ont souligné que le problème était “mondial”. ». Le problème étant mondial, devait-on en déduire qu’il ne concernait plus (ou pas) la France ? Doit-on y voir une forme d’auto-déresponsabilisation ? Au passage, le 28 mars on se souvient d’un titre : « Édouard Philippe défend l’action du gouvernement face au coronavirus : “il n’y a pas eu de retard” ».

Un autre sujet de tension : les prescriptions hors AMM dans le cadre du Covid-19. Mi-avril on pouvait lire : « […] le Réseau français des centres régionaux de pharmacovigilance (CRPV) interpelle les officinaux pour qu’ils fassent remonter toute information sur les prescriptions hors AMM non autorisées dans le Covid-19. Pour cela, il recommande non seulement de renseigner ces prescriptions auprès du CRPV dont le pharmacien dépend, mais aussi de se rendre sur le site du projet mésange, dédié à « l’identification et la remontée des situations de mésusage liées à la prescription et à l’utilisation des médicaments en ambulatoire ». Mise en avant par les CRPV lors des premières prescriptions d’azithromycine et d’hydroxychloroquine, la plateforme est ouverte à toutes les prescriptions hors AMM dans le Covid-19 en ambulatoire. Un message relayé notamment par la Société française des sciences pharmaceutiques officinales (SFSPO). ».

On peut mettre en perspective ces informations avec la prescription d’azithromycine pour un patient au tableau clinique covid. À ce sujet on pouvait lire dans les commentaires d’une récente contribution : « « […] On attend la suite. Interdiction de prescrire de l’azithromycine et aux pharmaciens d’en délivrer ? » […] « Malheureusement c’est ce qui risque d’arriver. » […] « J’ai rencontré le problème suivant : les pharmacies me rappellent pour me dire qu’elles n’ont pas le droit de délivrer l’azithromycine au-delà des durées définies dans l’AMM, donc 5 jours » ». Des tensions entre pharmaciens et médecins ? Liberté de prescrire contre refus de dispensation ? Union nationale dites-vous ?

Pourtant l’azithromycine est connue pour être prescrite au long cours, hors AMM, dans certaines pathologies : la dilatation des bronches (DDB) et la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO). Cela ne semble pas poser problème. Le 23 avril 2020, la Société Française de Pharmacologie et de Thérapeutique (SFPT) indiquait : « Si vous êtes traité pour ces pathologies par azithromycine (ZITHROMAX® ou génériques), dans l’éventualité d’une rupture en pharmacie de ville, il est impératif de prendre un avis médical auprès de votre médecin afin d’envisager un traitement alternatif. L’azithromycine est un antibiotique appartenant à la famille des macrolides. D’autres molécules appartenant à cette même famille, ne faisant pas l’objet de tension d’approvisionnement actuellement, ont démontré des propriétés similaires à l’azithromycine au niveau pulmonaire ou digestif et pourraient être proposées en alternatives […]. Actuellement, les pharmacies hospitalières n’ont pas l’autorisation de dispenser en rétrocession ces médicaments. ». Les généralistes seraient donc à même de réorienter un usage hors AMM de l’azithromycine dans la BPCO, mais pas d’adapter son usage, à partir du cadre de son AMM, des pneumopathies atypiques usuelles vers les pneumopathies atypiques de type covid ? Par ailleurs, la SFPT écrit : « L’Azithromycine est-elle efficace pour prévenir ou traiter l’infection par COVID-19 ? La réponse à cette question est issue d’un consensus d’experts. A l’heure actuelle, il n’est pas possible de répondre de façon affirmative à cette question. L’azithromycine est un antibiotique utilisé depuis de nombreuses années, notamment dans certaines infections respiratoires bactériennes. Parfois, ces infections bactériennes surviennent comme une complication d’une infection virale préexistante. Mais l’azithromycine n’est pas efficace dans le traitement des infections virales. Par ailleurs, si elle a montré une activité sur certains virus in vitro (donc en laboratoire), son activité sur le SARS-CoV-2 n’est pas prouvée. Il existe aujourd’hui très peu d’arguments scientifiques en faveur d’un bénéfice spécifique de l’azithromycine dans la prise en charge des patients atteints de COVID-19. ». Les médecins proposant l’azithromycine ne semblent pas être convaincants dans leurs communications…

Échec de la communication par voie institutionnelle ?

Sabine Paliard-Franco semble avoir essayer de transmettre son expérience de terrain sous forme de communications dirigées vers une association et une société savante fin mars. Les adresses web des pages consultées semblent correspondre à l’AGREE (Association Gérontologique de Recherche et d’Enseignement en Ehpad) et à la SFGG (Société Française de Gériatrie et Gérontologie, sfgg.org). Mais la disponibilité des rapports en ligne cesse. Échec ?

Sur le plan prophylactique (au moins), le dermatologue Pierre Gandon aurait soumis son avis à l‘ARS Nouvelle Aquitaine en mars, au sujet de la doxycycline. Il s’appuie sur son expérience clinique d’une quarantaine d’années. Échec ?

D’autres médecins tels le docteur Jean-Jacques Erbstein parle à la presse d’une proposition de thérapie impliquant l’azithromycine. Très rapidement l’Ordre des médecins réagit et met en garde « « une vingtaine » de médecins libéraux qui testent sur leurs patients un cocktail de traitements contre le Covid-19 dont l’efficacité n’est pas prouvée, les invitant à ne pas « susciter de faux espoirs de guérison » ». Que penser dans ce cas de la communication par voie de presse de l’AP-HP au sujet d’une étude clinique en cours portant sur le tocilizumab ? Aujourd’hui, au sujet du docteur Erbstein on parle de convocation de la part du conseil département de l’ordre des médecins « pour s’expliquer ». Depuis quelques jours, on peut lire son témoignage, il commence par « Je me suis fait assassiner ». Le 4 juin on peut lire sur ce sujet : « Grave atteinte au principe de l’EBM pour les uns, manifestation de l’art médical pour les autres, cet impair déontologique met en évidence deux conceptions radicalement opposées de la médecine. ». Evidence Based Medecine ou empirisme ? Fracture générationnelle ? On peut lire le 4 juin un article de France Soir sur le traitement des résultats d’une étude clinique. Exemple de traitement de données possible en EBM en période d’épidémie ?

Il semble que depuis l’intervention du conseil de l’ordre, les médecins n’osent plus communiquer ouvertement sur leurs approches thérapeutiques. Pourtant un groupe de 4 médecins aurait compilé des résultats portant sur 700 patients de type covid traités par azithromycine.

L’État a-t-il cherché à mettre des moyens pour aider la médecine de ville à procéder rapidement à des suivis de cohortes ? Le 29 avril 2020, Olivier Véran aurait déclaré qu’il y avait « “plus de 2 000 Français dans des essais cliniques conduits dans les hôpitaux et en médecine de ville sur plein de traitements différents et jusqu’ici, nous n’avons pas eu le moindre résultat porteur d’espoir sur des traitements efficaces.” ». La Fédération des Médecins de France déclarait quelques jours plus tard : « On était en droit d’attendre un relais des sociétés savantes de médecine générale à la mise en place de recherche thérapeutique en ambulatoire. Il n’en sera rien, à part rappeler aux généralistes de ne jamais prescrire d’hydroxychloroquine, on ne verra rien ! Même pas un petit essai sur l’intérêt de la prescription précoce de tel ou tel antibiotique ou de telle ou telle molécule ou de la mise en place de l’oxygénothérapie précoce à domicile. ». Pour les suivis de cohortes, les médecins généralistes semblent s’être débrouillés avec les moyens du bord. On se souvient de l’essai Discovery. Il semblerait que 740 patients aient été recrutés en France pour un coût d’environ 5000 euros par patient. En terme de moyens « la France a su dégager les quatre millions nécessaires à l’inclusion de ses 800 malades ». On pourrait penser qu’avec 4 millions on aurait pu aider des milliers de généralistes à procéder à des suivis de cohortes rapides, pragmatiques, et porteurs de résultats…

Ira-t-on jusqu’à leur reprocher de parler d’indicateurs médicaux sur des patients présentant un tableau clinique de type covid, sans avoir de résultats de tests PCR pour tous ? La France a-t-elle donné les moyens aux médecins de ville de procéder à tous les tests nécessaires, surtout courant mars et avril ?

Ira-t-on jusqu’à leur rétorquer qu’ils pouvaient publier ? En pleine période d’épidémie ? Pour un médecin généraliste parfois seul dans son cabinet ? Le collectif « Laissons les médecins prescrire » rappelle que « les revues ont perdu au fil des années leur indépendance et sont liées pour la majorité à l’industrie pharmaceutique. » et que les « rejets de manuscrits [ne sont] pas toujours légitimes. ». En revanche les médecins de ville peuvent toujours rédiger une communication à destination d’une association, d’une société savante ou d’une ARS… Les moyens institutionnels existent.

Article L3131-15 du code de la santé publique.

Aurait-il été pertinent d’inclure dans les recommandations sanitaires (« medical guidelines »), à destination des médecins de ville, des propositions de traitements curatifs ?

L’article L3131-15 du code de la santé publique indique : « Dans les circonscriptions territoriales où l’état d’urgence sanitaire est déclaré, le Premier ministre peut, par décret réglementaire pris sur le rapport du ministre chargé de la santé, aux seules fins de garantir la santé publique : […] 9°En tant que de besoin, prendre toute mesure permettant la mise à la disposition des patients de médicaments appropriés pour l’éradication de la catastrophe sanitaire […] »

Suite à la décision du Conseil d’état du 22 avril 2020, concernant l’interdiction de prescription de l’hydroxychloroquine en médecine de ville (hors AMM), Maître Krikorian présente cet article. On comprend que, si un médicament venait à être ouvertement reconnu par les autorités de santé, comme utile dans l’épidémie de SARS-CoV-2, alors il appartiendrait « désormais, au Gouvernement, […] « En tant que de besoin », de prendre les mesures permettant sa mise à disposition effective ».

Rappelons-nous des tensions d’approvisionnement en azithromycine rencontrées par les pharmacies. Dès lors, on peut se dire qu’il aurait peut-être été délicat de recommander officiellement ce médicament, dans une approche curative précoce en médecine de ville, lors de l’épidémie…

Le droit de soigner et d’être soigné.

Depuis quelques jours, on se documente sur l’action collective en justice : « Le droit de soigner & d’être soigné ». On écoute Silvano Trotta en parler avec les avocats Christophe Lèguevaques, Arnaud Durand et Séverine Manna. On l’avait déjà écouté parler de Sabine Paliard-Franco, à tort selon certains.

Sur la page web de l’action collective, on lit : « Agir pour la liberté de prescription de tous les médecins » ou « Ne laissons pas les malades sans traitement. ». Dans les actions proposées il y a une « procédure d’investigation publique » afin d’obtenir des « pièces utiles à la manifestation de la vérité ». Le contexte de l’action collective est clair : « L’hydroxychloroquine et l’azithromycine, ainsi que d’autres bithérapies prometteuses contre le COVID-19 (comme les antibiotiques macrolides et les C3G) subissent un blocage en dépit de l’absence de tout traitement qui ferait l’objet d’un consensus scientifique. »

L’information commence à diffuser.

Le 28 avril 2020, la députée LREM Martine Wonner vote contre le plan national de déconfinement. « Elle demande que ce plan soit « complété » par une stratégie thérapeutique ». Elle est membre du collectif « Laissons les médecins prescrire » qui travaille sur l’azithromycine et la bithérapie azithromycine/hydroxychloroquine. Quelques jours plus tard elle est exclue du groupe parlementaire LREM. La question de la prise en charge précoce du Covid-19 a donc été abordée au niveau de l’assemblée nationale.

Aujourd’hui, après la 4G, on entend parler des 4D : Doliprane, domicile, dodo, décès.

Aujourd’hui on lit : « Depuis le début le gouvernement français répète qu’il n’y a pas de traitement contre la covid19. Mais il ne s’est pas contenté de le dire, il a tout fait pour rendre impossible tout autre traitement que le Doliprane dans la première phase de la maladie en prenant plusieurs mesures règlementaires contre les traitements à l’hydroxychloroquine et aux antibiotiques de la famille des macrolides. ».

Aujourd’hui, sur la plateforme Sermo, une enquête sur plusieurs milliers de médecins (plus de 20000 semble-t-il) du monde entier place toujours l’azithromycine, et les antibiotiques similaires, en tête des médicaments utilisés pour traiter les patients Covid-19 hors hôpital.

Aujourd’hui, face à la pénurie de produits anesthésiants, les opérations sont repoussées. Olivier Véran aurait déclaré : « « La chirurgie programmable devra attendre cet été » ». Pourtant c’est le « retour des jours heureux ».

Il y a bientôt deux mois, c’était hier. On croyait que la démarche des médecins généralistes présentée ici, c’était « juste de la médecine ». C’était le temps de l’innocence.

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