CHRONIQUE : La rétractation récente d’une étude qui se voulait définitive sur la prescription d’hydroxychloroquine contre la Covid dans la plus prestigieuse revue médicale a choqué nombre d’observateurs. Pour les connaisseurs, ce n’aura guère été qu’une nième confirmation qu’il y a bien, pour paraphraser Hamlet, « quelque chose de pourri au Royaume de la « Science ».

Nous étions nombreux à avoir relevé les aspects scélérats du projet de recherche « Discovery », laborieusement mis sur pied puis abandonné en cours de route. Et voici que l’étude « Recovery » dont les résultats ont été diffusés à la hâte, montrent les mêmes failles que la précédente.

Pour revenir aux débuts de ce triste feuilleton, rappelons que les Chinois, se basant sur des recherches remontant à plus de quinze ans sur l’efficacité in vitro de l’hydroxychloroquine (HCQ) sur le coronavirus Sars-1, avaient rapidement prescrit cette molécule dans les cas de Covid. La Corée du Sud l’avait ensuite également incluse dans ses « lignes de conduite », avec des résultats probants.

L’épidémie arrivant en France, l’IHU de Marseille et son emblématique directeur, le Pr Didier Raoult, testèrent à leur tour le remède, en combinaison avec l’azithromycine. Ils annoncèrent le 16 mars qu’ils avaient trouvé confirmation d’une réduction importante de la charge virale chez les patients traités, avec une amélioration du pronostic morbide (moins d’hospitalisation en soins intensifs et moins de décès).

Cette affirmation, loin de soulever l’enthousiasme ou même l’intérêt, déclencha un tir d’artillerie lourde, avec la décision saisissante de priver les médecins généralistes de leur droit de prescrire ce traitement à leurs patients. Décision d’autant plus incompréhensible qu’il s’agit d’un remède extrêmement sûr dès lors que des précautions élémentaires sont prises (électrocardiogramme et dosage du potassium sanguin). Avec tout l’intérêt de pouvoir être prescrit précocement dans le cadre d’un suivi médical correspondant au standard de soins le plus normal qui soit.

La liberté de prescription fut suspendue de manière stupéfiante et sans précédent, soi-disant dans l’attente de données probantes quant à l’efficacité du traitement. On vit alors des protocoles de recherche absurdes être montés, avec des biais structurels choquants, les principales revues médicales entrant alors dans la danse, en particulier le trio The Lancet – New England Journal of Medecine et British Medical Journal. Ces trois revues publièrent chacune des articles que l’on ne peut que qualifier de malhonnêtes ou même pour certains d’entre eux de fallacieux.

Avec comme caractéristique commune de n’avoir étudié que l’effet de l’administration tardive du remède, à un moment où selon les conclusions de l’IHU de Marseille, il n’a plus aucun intérêt thérapeutique. Un peu comme si un antibiotique s’avérant efficace aux stades précoces d’une gangrène, mais pas une fois celle-ci généralisée, on ne le testait que dans ce dernier cas de figure pour conclure à son inefficacité !

L’étude du Lancet, c’est admis aujourd’hui, repose sur des données invérifiables et tellement invraisemblables que la seule hypothèse possible est qu’elles aient été falsifiées. Les autres études montrent « simplement » des partis-pris rédhibitoires. N’importe quel lecteur apte à lire un article scientifique (ce qui n’est hélas pas le cas de la presse) ne peut qu’en être consterné. Ce d’autant plus que les médias installés auront diligemment battu le tambour pour faire connaître ces conclusions erronées.

La vraie question derrière la question

Ce qui serait digne d’intérêt serait de chercher à comprendre et à dévoiler le problème systémique que les cas évoqués reflètent. C’est en effet un secret de polichinelle que la recherche médicale est sérieusement malade.

Le diagnostic est posé depuis une quinzaine d’années. A l’origine, un article tonitruant du Pr Ioannidis (désormais directeur du Prevention Research Center à l’Université de Stanford) intitulé “Pourquoi la plupart des résultats de recherche scientifique publiés sont faux. ” Trois ans plus tôt, Arnold Relman, professeur à Harvard et ancien rédacteur en chef du NEJM avait douloureusement admis : « La profession médicale est achetée par l’industrie pharmaceutique, non seulement en termes de pratique de la médecine, mais aussi en termes d’enseignement et de recherche. Les institutions académiques de ce pays se permettent d’être les agents rémunérés de l’industrie pharmaceutique. Je pense que c’est honteux. »

Son successeur, le Dr Marcia Angeli, annoncera quant à elle en 2009 : « Il n’est tout simplement plus possible de croire une grande partie des recherches cliniques qui sont publiées, ni de se fier au jugement de médecins de confiance ou à des directives médicales faisant autorité. Je ne prends aucun plaisir à cette conclusion, à laquelle je suis parvenu lentement et à contrecœur au cours de mes deux décennies de travail de rédactrice en chef. » L’ex-rédacteur du BMJ, Richard Smith, n’étant pas en reste, écrivant en 2013 que « la plupart des études scientifiques sont erronées, et elles le sont parce que les scientifiques s’intéressent au financement et à leurs carrières plutôt qu’à la vérité. »

Quant au rédacteur en chef du Lancet lui-même, le Dr Richard Horton, il publiait en 2015 cette étonnante confession : « Affligée par des études portant sur des échantillons de petite taille, des effets minuscules, des analyses exploratoires non valables et des conflits d’intérêts flottants, ainsi que par une obsession à poursuivre des tendances à la mode d’importance douteuse, la science a pris un virage vers l’obscurité.  (…) L’endémicité apparente des mauvais comportements en matière de recherche est alarmante. »

C’est dire si problème il y a et combien il est systémique ! La recherche est aujourd’hui largement dévoyée (et les données fréquemment manipulées) aux fins de servir des intérêts privés. J’avais prédit dès la publication de la première étude par l’IHU de Marseille que l’on verrait une succession d’articles à charge, mal construits et biaisés, venir contredire ces résultats et semer le doute dans les esprits. Il s’agit de la stratégie mise en œuvre par les grandes industries toxiques (pesticides, pétrochimie, agroalimentaire) pour brouiller les pistes depuis que les producteurs de tabac l’ont employé pour contester pendant longtemps le lien entre tabagisme et cancer du poumon.

Ici, la confirmation de l’efficacité du protocole mis au point à Marseille aurait signifié la fin des perspectives juteuses de pouvoir mettre sur le marché de nouveaux médicaments ou un vaccin. Résultat ? Aucune des études citées plus haut et publiées dans les « meilleures » revues n’ont testé le protocole tel qu’il est préconisé à Méditerranée-Infection… et employé dans une quarantaine de pays au moins, dont les succès contre l’épidémie devraient pourtant pousser à la réflexion.

Cet enjeu lucratif des pharmas se double ici d’une raison d’État : pour les gouvernements (et le gouvernement français en particulier), l’efficacité du traitement de Marseille ouvrirait la porte à des poursuites massives pour non-assistance à personne en danger et même homicide involontaire ou par négligence. A nouveau, rien dans l’ordre juridique et le droit de la santé ne peut justifier la privation du droit inaliénable de prescrire faite aux médecins-généralistes. Si des milliers de morts en ont résulté, c’est case “Cour d’Assises” pour les ministres et hauts fonctionnaires impliqués. Le nombre de poursuites qui se profile à l’horizon est impressionnant, et on comprend que c’est devenu struggle for life, peu importe les moyens pour ces (ir)responsables. La vérité n’entrant plus en ligne de compte dans cette priorité.

Au final, la recherche et la médecine sont perdantes. Lors de la parution de l’étude Mehra dans le Lancet, j’ai instantanément écrit que la revue s’était mise dans de sales draps en publiant un torchon pareil. Le dégât est lourd, mais au fond moins pour la revue (qui rejette la responsabilité sur les auteurs, qui la rejettent sur la société soi-disant pourvoyeuse de données, SurgiGATE) que pour la recherche dans son ensemble.

L’anthropologue de la santé que je suis se désole quant à lui que la mise en lumière d’un problème systémique grave (qui empoisonne désormais le domaine médical dans son ensemble et donc la santé des gens) ne conduise à aucune remise en question des dérives de la recherche et du rôle actif qu’y jouent les revues elles-mêmes, de leur propre aveu.

Il faudrait de toute urgence « décontaminer » l’une et les autres des conflits d’intérêts létaux qui y règnent en maître. Les confessions sur le tard de rédacteurs en chef est un signal important. Il convient ici encore de ne pas juste contempler avec déni les symptômes du mal, mais agir pour mettre de l’ordre et de l’intégrité dans cet univers désormais asservi à des intérêts autres que la santé de la population et le droit de soigner des médecins.

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